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juillet-2007

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Photo satellite, photo-satellite, photo satellitaire ou photo satellitale : comment s'y retrouver?

Par Marcel Bergeron
Office québécois de la langue française

En télédétection, quand il s’agit de choisir quel terme sera utilisé pour désigner une photo satellite ou une image satellite, c’est-à-dire le document obtenu à la suite d'une prise de vue effectuée au moyen d'un dispositif installé sur un satellite artificiel, on est confronté à plusieurs possibilités de traitement.

  • Doit-on privilégier ou non l’utilisation du trait d’union?
  • Les adjectifs satellitaire et satellital sont-ils réellement équivalents?
  • Certaines formes sont-elles à éviter?
  • Comment y voir clair dans ce foisonnement de termes?

Une histoire bien compliquée!

D’un point de vue strictement historique, les choses ne sont pas simples. Déjà en 1991, dans le document intitulé Introduction à l’étude de la télédétection aérospatiale et de son vocabulaire, publié en France, on privilégiait la graphie image-satellite (avec trait d’union) et proposait comme synonyme image satellitale.

Du même souffle, les termes image satellitaire étaient condamnés dans ce sens, parce que l’adjectif satellitaire, utilisé sur le même modèle que stellaire ou planétaire, laissait croire que l’image serait alors relative à l’engin et non aux images qu’il produit. Cette opinion fut d’ailleurs retenue implicitement en 1997 lorsque la terminologie développée dans ce document fut entérinée dans son ensemble et officialisée en France.

Par ailleurs, toujours en France, l'Académie française, l'autorité suprême en matière de néologie, a récemment annulé, pour révision, plusieurs arrêtés ministériels de terminologie (dont celui de la Commission de télédétection à qui on reprochait de trop fonctionner en vase clos) et condamné sans équivoque la graphie image-satellite avec le trait d'union, ainsi que l’adjectif satellital, pour privilégier plutôt image satellite et image satellitaire.

Qui croire?

La Commission ministérielle de terminologie de la télédétection aérospatiale, qui s’appuyait sur l’avis de spécialistes en télédétection, ou l’Académie française, qui est le chien de garde officiel de la qualité de la langue française depuis François 1er? Pas facile de trancher.

Une recherche réalisée par un terminologue portant sur les termes en cause a permis de poser un diagnostic sur les termes disponibles et de proposer la forme la plus apte à nommer les concepts concernés. Le résultat de l’exercice pourra alors être diffusé dans le Grand dictionnaire terminologique, l’outil d’implantation privilégié de l’Office québécois de la langue française.

Pour ce qui est du traitement du mot satellite comme adjectif, sur le plan de la langue, toutes les formes proposées pour désigner la grappe de concepts visés sont correctes (par exemple, photo satellite, photo-satellite, photo satellitaire et photo satellitale). Les modes de formation utilisés ici sont acceptés en français et aucun de ces termes ne peut être déclaré fautif pour vice de construction.

Quelle forme privilégier?

Cependant, si l’on tient compte de l'usage, c'est photo satellite (ou son dérivé image satellite), sans trait d'union, qui devrait être la forme privilégiée, parce que c'est elle, et de loin, qui est la plus répandue et donc la plus implantée. En effet, puisque ce terme est déjà en usage dans les milieux concernés et qu’il est correct, c’est lui qui est le plus en mesure de désigner naturellement la notion.

Pour ce qui est maintenant du pluriel de photo satellite, on écrira « des photos satellite», l'apposition satellite demeurant invariable, car le sens exact du concept est « photo prise par un satellite » et non « photo relative à un satellite ».

Qu’advient-il de satellitaire et de satellital?

Pour juger de leur pertinence, examinons maintenant les suffixes ayant servi à la formation des adjectifs satellitaire et satellital, utilisés avec les noms image, photo ou photographie. À ce propos, dans Le trésor de la langue française, on constate que le suffixe -al qu'on utilise dans la formation de satellital, et qui exprime une simple relation (relatif à), est sémantiquement moins adapté pour notre concept que le suffixe -aire, utilisé notamment pour former des adjectifs qui marquent un rapport instrumental (une photo satellitaire étant produite et transmise par un satellite). Cette vérification tendrait ainsi à démontrer que l’extension attribuée à l’adjectif satellitaire est beaucoup plus large que celle que la Commission ministérielle de terminologie de la télédétection aérospatiale lui avait attribuée au départ, ce qui confirme les réserves exprimées par l’Académie française (qui reste tout de même très sévère à l’endroit du trait d’union).

Pour rendre compte du résultat de cette réflexion qui touche non seulement le traitement du concept de image satellite, mais également celui de ses dérivés photo et photographie, on peut présenter, à titre d’exemple, le cas de image satellite.

Dans le Grand dictionnaire terminologique, on trouvera donc dans la fiche de terminologie le terme image satellite comme terme principal, et image satellitaire comme synonyme. Le terme image-satellite sera alors présenté comme une simple variante graphique, et le terme image satellitale sera considéré comme un terme non retenu, pour des raisons de concurrence inutile et de trop grande imprécision.

Les mêmes arguments valant dans le cas de photo satellite, de photographie satellite et de leurs dérivés, il sera facile aux géomaticiens de s’y retrouver et d’utiliser la terminologie la mieux adaptée à leurs besoins. En cas de doute, ils pourront de toute façon se référer au Grand dictionnaire terminologique pour trouver facilement des réponses à leurs questions. Le domaine de la géomatique, compte désormais plus de cinq cent fiches de terminologie récemment mises à jour.



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