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octobre-2007

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Un avenir prometteur pour les technologies libres
en géomatique au Québec?

Par Nicolas Gignac

Les logiciels dits « libres » sont devenus, avec l’avènement de la mondialisation et l’ère de l’Internet, une solution de rechange reconnue aux « logiciels propriétaires » traditionnels, notamment ceux de Microsoft. Récemment, la géomatique est entrée dans ce monde du logiciel libre. Comment le Québec, qui est un leader en géomatique, pourrait-il devenir un chef de file en ce domaine?

Qu’est-ce qu’un logiciel libre?

Open sourceLe logiciel libre fait référence à la liberté qu’ont les utilisateurs et développeurs d'exécuter, de copier, de distribuer, d'étudier, de modifier et d'améliorer un logiciel. Les projets qui utilisent les solutions à code source ouvert sont généralement soutenus par un réseau étendu de développeurs de divers pays qui coopèrent pour éviter de « dupliquer » les efforts en échangeant l’information ou l’expertise et en partageant un intérêt commun. Les solutions libres offrent, pour divers systèmes d’exploitation et langues, différents types de licences qui peuvent, en même temps, être utilisés par des ordinateurs parfois moins performants.

Dernièrement, les solutions libres se sont mieux intégrées aux solutions traditionnelles commerciales, ce qui augmente leur attrait sur le marché. Évidemment, les logiciels libres comportent également certains désavantages qui dépendent de l’ampleur des projets, que ce soit sur le plan de la complexité, de la maturité du produit, de la capacité d’intégration, de la qualité de la documentation et du support technique local disponible. Les succès les plus connus en informatique libre sont Linux comme système d’exploitation, le logiciel serveur http nommé Apache et les systèmes de gestion de base de données Postgres et MySQL.

Une percée récente des logiciels libres en géomatique

Pour ce qui est de la géomatique, ce n’est que tout récemment que la « Open Source Geospatial Foundation » (OSGeo.org) a été formée (2006). Elle est devenue un organisme mondial chapeautant des projets émergents dans le domaine du logiciel libre en géomatique. D’ailleurs, l’OSGeo présentait son congrès annuel international en septembre 2007 à Victoria en Colombie-Britannique. 

Liens intéressants en géomatique libre :

OSGeo - Your Open Source Compass

 

 

 

 

 

 

Récemment, de nouveaux logiciels libres en géomatique (autres que le SIG GRASS) et des normes plus ouvertes liées aux initiatives de l’Open Geospatial Consortium (OGC) ont fait émerger des produits assez matures pour être considérés comme une solution de rechange valable aux solutions commerciales traditionnelles par la communauté. Un des plus répandus est le logiciel de serveur cartographique MapServer (http:// mapserver.gis.umn.edu/), soutenu par la NASA et l’Université du Minnesota, grâce, entre autres, à son efficacité, son interopérabilité et sa flexibilité. Malgré que la plupart des développeurs participant aux projets de technologies libres viennent de partout dans le monde, les plus actifs se trouvent dans les pays suivants :

  • les États-Unis (p.ex.. MapServer, OSSIM, QGIS);
  • le Brésil (p.ex. Spring/Terralib, politique gouvernementale claire sur le développement du logiciel libre);
  • l’Espagne (p. ex. gvSIG, MonoGIS);
  • l’Italie (p. ex. GRASS, GeoSTAF);
  • la France (p. ex. projet SIGLE, GeOxygene);
  • le Canada

Le Canada, un leader reconnu dans le domaine

Les gouvernements fédéral et provinciaux, grâce à des fonds de démarrage de projets et des programmes de R&D appuyés par un fort leadership du secteur privé, ont fait que plusieurs des plus belles réalisations dans le domaine du logiciel libre en géomatique ont été mises en œuvre au Canada. Voici certains exemples libres et gratuits :

  • PostGIS est une extension spatiale qui permet la gestion avancée de données géométriques vectorielles dans le système de base de données libres PostgreSQL au même titre qu’ArcSDE d’ESRI (dans SQL Server) ou Oracle Spatial.
  • Ressources Maptool.org regroupent, entre autres, les librairies GDAL/OGR (formats de données) et PROJ.4 (projection cartographique) développées par un Canadien qui est devenu le président de l’OSGeo. Ces librairies ont même été intégrées dans les logiciels commerciaux, tels que FME, ESRI et CadCorp SIS.
  • D’autres outils produits au Canada présentent un attrait pour la communauté, comme UDIG, OpenEV et JUMP.
Interface du SIG canadien « JUMP »
Interface du SIG canadien « JUMP »

Les atouts et réalisations du Québec

Si on y regarde de près, le Québec a tous les atouts pour être un chef de file mondial dans le domaine du logiciel libre en géomatique :

  • un environnement majoritairement francophone (donc différent de celui d’où proviennent les logiciels commerciaux majoritairement développés en anglais);
  • une nette valorisation de la coopération dans la société (donc une propension au partage d’un intérêt commun);
  • des chercheurs en géomatique très réputés;
  • des universités offrant d’excellentes formations;
  • des programmes gouvernementaux en R&D généreux;
  • des entreprises reconnues;
  • une culture marquée par nos grands espaces.

Aux fins de l’article, quatre acteurs clés de l’industrie ont accepté de fournir les détails de leurs réalisations en géomatique libre au Québec.

Nom

Organisme

Spécification

Alain Hotte, chef de projet en géomatique

Communauté métropolitaine de Montréal

SIGMA (Système d’information géographique métropolitain d’aménagement) a été développé en utilisant MapServer/Chameleon, PostGIS et GDAL/OGR qui sont liés aux normes ouvertes OGC (WMS/WFS) pour offrir des données à l’interne et bientôt à des clientèles externes, regroupant 87 partenaires différents

Alexandre Leroux, ingénieur et géomaticien pilote du site Slashgeo.org,

Centre météorologique canadien

Le Centre participe au développement d’une application opérationnelle, semblable au globe virtuel de Google Earth ou Nasa World Wind. Il tire profit de GDAL/OGR au sein de la Division de la réponse aux urgences environnementales. D’autres outils libres y sont aussi analysés pour des besoins spécifiques : GeoServer, OpenLayers, PostGIS et Quantum GIS.

Thierry Badard, professeur au département des sciences géomatiques et chercheur

Centre de recherche en géomatique (CRG) de l'Université Laval

M. Badard a développé le projet libre GeOxygene lorsqu'il travaillait à l'Institut géographique national (IGN) en France. Il travaille en géomatique libre depuis plus de dix ans. Membre actif de l'OSGeo Conference Committee, il participe à la création d'une représentation francophone au sein de l'OSGeo.

Daniel Morissette, président

Mapgears

M. Morissette est le principal développeur de MapServer depuis 2000. Il a aussi participé à de nombreux projets Maptools.org et d'OSGeo depuis 1998. Sa compagnie fournit principalement des services (développement, support technique, formation) liés à MapServer et aux technologies connexes (Chameleon, ka-Map, GDAL/OGR, etc.).

 

Des solutions pour l’avenir

Un des livres publiés (en anglais) qui traitent des logiciels libres en géomatique.
En général, on peut dire que le développement de la géomatique libre est très prometteur, mais il existe encore certains obstacles qui freinent toujours sa progression au Québec. Une des solutions pour améliorer notre position par rapport à nos voisins serait l’émergence d’un organisme du milieu (p. ex. appuyé par, soit GéoQuébec, le Plan géomatique du gouvernement du Québec (PGGQ), le Centre de recherche en géomatique (CRG), l’Association québécoise de télédétection ( AQT) ou GEOIDE) pouvant chapeauter des initiatives en géomatique libre au Québec. Cette structure pourrait être à la base d’une force de diffusion francophone et québécoise permettant de partager, de développer et de promouvoir l’utilisation des technologies libres au Québec auprès des entreprises privées, des gouvernements, des universités et des groupes de la société civile. En fait, la connaissance de l’OSGeo au Québec semble peu répandue par rapport à nos principaux voisins (Ontario, Colombie-Britannique et États-Unis) qui sont déjà orientés vers une industrie de la géomatique axée sur les services, dont ceux à code ouvert. Pour l’instant, ceux qui au Québec s’y intéressent doivent se tourner vers des sections anglophones ou francophones outre-mer (projets provenant surtout de France) pour coordonner et participer à des chapitres locaux de l’OSGeo.
Un des livres publiés (en anglais) qui traitent des logiciels libres en géomatique.

D’autres solutions prometteuses

  • L’intégration soutenue, dans la formation d’étudiants en géomatique, d’outils à code ouvert
  • La promotion d’ateliers en logiciel libre pour professionnel,
  • La présence d’incitatifs financiers à l’intention des entreprises travaillant dans des projets de l’OSGeo
  • L’intégration des logiciels libres dans les appels d’offres

Note : L’auteur remercie les quatre spécialistes interrogés pour leur apport au contenu de cet article et au développement de la géomatique libre au Québec.

Renseignements :

Nicolas Gignac, M. Sc., géographe
gignacnic@hotmail.com



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